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04/08/2026

Luzerne deshydratee : l alliee qu on adore… mais qu il faut savoir doser

Riche, tampon naturel contre les ulcères, pleine de calcium : la luzerne déshydratée a tout pour plaire. Sauf qu'à trop en donner, elle peut créer exactement les problèmes qu'on cherchait à éviter. On démêle le vrai du trop.

Infographie présentant les bénéfices, les précautions d'utilisation et les bonnes pratiques d'utilisation de la luzerne déshydratée dans l'alimentation du cheval.

Riche, tampon naturel contre les ulcères, pleine de calcium : la luzerne déshydratée a tout pour plaire. Sauf qu’à trop en donner, elle peut créer exactement les problèmes qu’on cherchait à éviter. On démêle le vrai du trop.

👀 Ce qu’il faut retenir

La luzerne déshydratée est riche en protéines, en calcium et en fibres pectiques elle possède un vrai pouvoir tampon contre l’acidité gastrique

Mais sous forme de bouchons ou de granulés, elle protège moins bien l’estomac qu’en brins longs, parce qu’elle ne forme pas ce fameux « tapis fibreux » qui flotte au-dessus de l’acide

Son rapport calcium/phosphore est très déséquilibré (jusqu’à 4:1 voire 6:1) : à surveiller si elle vient s’ajouter à un aliment déjà riche en calcium

Donnée en trop grande quantité (au-delà de 50 % du fourrage total), elle est associée à un risque accru de calculs intestinaux (entérolithes) chez le cheval

En complément raisonné, c’est un excellent outil : ni miracle, ni poison, juste une matière première à doser intelligemment

🔤 Petit lexique avant de continuer

→ Pouvoir tampon : la capacité d’un aliment à neutraliser l’acidité, un peu comme une pastille anti-acide pour l’estomac.

→ Muqueuse squameuse : la partie haute de l’estomac du cheval, celle qui n’est pas faite pour être en contact avec l’acide et qui s’ulcère facilement.

→ Entérolithe : un « calcul » qui se forme dans l’intestin du cheval, autour d’un petit corps étranger, un peu comme une perle qui grossit couche après couche.

→ Ca/P (calcium/phosphore) : le rapport entre ces deux minéraux dans la ration. L’idéal se situe entre 1,5 et 2 pour 1. Trop de calcium par rapport au phosphore peut perturber l’équilibre minéral global.

→ NSC : les glucides non structuraux, en gros l’amidon et les sucres solubles d’un aliment. Plus c’est bas, mieux c’est pour un cheval sensible côté métabolisme.

Si vous suivez Ekiday depuis un moment, vous savez qu’on aime bien commencer par les bases avant de foncer dans le vif du sujet. Alors on y va.

La luzerne, une légumineuse pas comme les autres

Déjà la luzerne ce n’est pas une graminée comme le ray-grass ou la fétuque qu’on retrouve dans le foin classique. C’est une légumineuse, comme le trèfle. Et les légumineuses ont une particularité : elles fixent l’azote de l’air dans leurs racines, ce qui les rend naturellement beaucoup plus riches en protéines.

Résultat, à stade de développement égal, la luzerne affiche des teneurs largement supérieures aux graminées en protéines, en énergie et en calcium. On parle généralement de 15 à 22 % de protéines brutes sur matière sèche pour la luzerne, contre 7 à 12 % pour un bouchon de graminées.

Une fois déshydratée (donc séchée rapidement à haute température juste après la récolte), la luzerne garde globalement sa valeur nutritive de départ, à condition que le séchage ait été bien mené. Si le séchage est trop poussé, une réaction chimique (la fameuse réaction de Maillard, celle qui fait dorer le pain) peut se produire entre les protéines et les sucres de la plante, et ça abîme un peu la digestibilité des protéines. Un détail technique, mais qui explique pourquoi toutes les luzernes déshydratées ne se valent pas.

Sur le plan énergétique, on est autour de 0,55 UFC et 81 g de MADC par kilo de matière brute pour une luzerne dite < 16 % MAT, et ça peut monter à 0,64 UFC et 130 g de MADC pour les luzernes plus riches (22-25 % MAT) qu’on trouve maintenant sur le marché. Bref, ce n’est jamais un fourrage anodin niveau apport.

Le pouvoir tampon : où la chimie et la mécanique ne racontent pas la même histoire

C’est LE grand argument qu’on entend le plus souvent : « donnez de la luzerne, ça protège contre les ulcères ». Et c’est vrai. Mais pas tout à fait de la façon dont on l’imagine.

Chimiquement, la luzerne est effectivement un excellent tampon gastrique. Sa forte concentration en calcium, en magnésium et en protéines lui donne un vrai pouvoir de neutralisation de l’acide chlorhydrique de l’estomac. Le calcium réagit avec l’acide pour former du chlorure de calcium, ce qui neutralise une partie des ions responsables de l’acidité. Les protéines, elles, jouent un rôle de tampon en absorbant elles aussi ces ions. Des études américaines (Texas A&M, Université du Tennessee) ont d’ailleurs montré des scores d’ulcères nettement plus bas et un pH gastrique plus élevé après le repas chez des chevaux nourris à la luzerne comparés à des chevaux nourris aux graminées.

Dans une de ces études, sur 12 chevaux, la luzerne a permis d’éviter la formation d’ulcères chez 92 % des sujets, contre seulement 25 % dans le groupe graminées. C’est un écart énorme.

Mais attention, et c’est là que ça se complique un peu : cette belle chimie ne fonctionne bien que si la mécanique suit. L’estomac du cheval fonctionne par strates. Les fibres longues du foin flottent au-dessus du liquide gastrique acide et forment une sorte de tapis, de matelas protecteur qui empêche l’acide de gicler sur la muqueuse squameuse (la partie haute et fragile de l’estomac) quand le cheval bouge ou travaille.

Le souci, c’est que les bouchons ou granulés de luzerne, une fois arrivés dans l’estomac, se délitent en petites particules. Ils ne forment plus ce tapis fibreux. Une étude française menée sur 80 trotteurs à l’entraînement a montré que les bouchons de luzerne, malgré tout leur calcium, n’apportaient pas la même protection que le foin de luzerne en brins longs : pas d’amélioration significative des scores d’ulcères après 21 et 42 jours de complémentation en bouchons seuls.

Donc, en résumé de ce point : → chimie excellente, mécanique absente sous forme de bouchons. La meilleure stratégie reste souvent de combiner une base de foin long (pour le tapis fibreux) avec une petite quantité de bouchons de luzerne, 500 g à 1 kg environ, distribuée avant l’effort pour son effet tampon immédiat.

Le déséquilibre calcique : la luzerne, une vraie « pompe à calcium »

Autre point à connaître avant d’en distribuer en grande quantité : le profil minéral de la luzerne est très particulier. Elle accumule le calcium à des niveaux qui peuvent atteindre 1,2 à 1,5 % de sa matière sèche, soit trois à cinq fois plus qu’une graminée classique (0,3 à 0,6 %). Le phosphore, lui, reste relativement stable entre les deux types de fourrage.

Résultat : le rapport Ca/P de la luzerne peut grimper jusqu’à 6:1, voire 8:1, alors que l’idéal se situe plutôt entre 1,5:1 et 2:1 dans la ration globale.

Bon, un cheval adulte en bonne santé tolère assez bien une fourchette large de calcium : l’excès est simplement excrété dans les urines (d’ailleurs, des urines un peu troubles et chargées en carbonate de calcium, c’est souvent un signe qu’il y a pas mal de calcium dans la ration). Ce n’est donc pas dramatique en soi. Mais ça devient un vrai sujet de vigilance quand la luzerne vient s’ajouter à un aliment du commerce déjà correctement pourvu en calcium : la charge cumulée peut alors dépasser ce qui est confortable pour l’organisme, sans qu’on s’en rende forcément compte puisque le cheval « va bien » en apparence.

C’est d’ailleurs une nuance qu’on tient à préciser : la remarque vaut particulièrement pour les jeunes chevaux en croissance, chez qui l’équilibre phosphocalcique joue un rôle direct dans la construction du squelette. Chez l’adulte à l’entretien, le risque est surtout celui d’un déséquilibre global de la ration plutôt que d’une pathologie directe.

Trop de luzerne : le risque des entérolithes (et pourquoi il ne faut pas paniquer non plus)

Ben, voilà le sujet qui fâche un peu, celui qu’on retrouve moins souvent dans les discours marketing autour de la luzerne : le lien avec les entérolithes, ces fameux « calculs » qui se forment dans le gros intestin du cheval.

La corrélation entre consommation de luzerne et formation d’entérolithes est l’une des associations les mieux documentées en médecine interne équine. Ces calculs sont composés principalement de struvite, un cristal de phosphate d’ammonium et de magnésium, qui se forme autour d’un petit corps étranger avalé par hasard.

Plusieurs mécanismes expliquent pourquoi la luzerne favorise ce phénomène :

Elle apporte beaucoup de magnésium, un des éléments clés dans la formation de struvite

Sa richesse en protéines augmente la disponibilité en ammonium dans le côlon, via le métabolisme bactérien

Elle a tendance à rendre le contenu du côlon plus alcalin, un environnement dans lequel la struvite précipite plus facilement

Les études montrent que le risque d’entérolithiase augmente significativement chez les chevaux dont la ration contient plus de 50 % de luzerne (foin ou bouchons). En dessous de ce seuil, dans une ration équilibrée où la luzerne reste un complément, ce risque n’est pas le même.

Justement, c’est tout l’enjeu : on ne dit pas « la luzerne est dangereuse », on dit qu’elle demande à être dosée, et pas distribuée comme fourrage exclusif. D’ailleurs, un peu dans la même veine, un excès de protéines non digérées dans l’intestin grêle (fréquent avec des rations trop riches en bouchons de luzerne) peut arriver jusque dans le gros intestin où il subit une putréfaction, générant ammoniac et amines, des composés pas franchement sympathiques pour la muqueuse intestinale. Encore une fois, tout est question de quantité.

En pratique : comment intégrer la luzerne déshydratée sans faire n’importe quoi

Alors concrètement, qu’est-ce qu’on fait de tout ça ?

On garde une base de fourrage principal en graminées (foin, herbe), qui reste la brique fondamentale de la ration

On intègre la luzerne déshydratée comme un complément ciblé, pas comme fourrage unique : une inclusion autour de 20 à 30 % de la ration fourragère permet de profiter de ses bénéfices sans basculer dans les risques évoqués plus haut

Pour l’effet tampon avant l’effort, une petite quantité de bouchons (500 g à 1 kg) juste avant le travail reste une stratégie intéressante et documentée

On évite de cumuler luzerne déshydratée ET aliment du commerce déjà riche en calcium sans vérifier l’addition globale : c’est typiquement le genre de calcul que l’appli Ekiday permet de faire en quelques minutes, avec vos propres aliments

On privilégie une luzerne déshydratée spécial cheval, garantie sans dérivés morphiniques (contrôle anti-dopage) si votre cheval est en compétition

Et un dernier point pratique, un peu à part mais qui revient souvent en cabinet : les granulés ou bouchons de luzerne, avalés trop vite par un cheval glouton, peuvent aussi majorer le risque d’étouffement œsophagien. Rien à voir avec la nutrition à proprement parler, mais un simple trempage avant distribution règle généralement le problème.

📌 En résumé

La luzerne déshydratée est riche en protéines, en calcium et possède un vrai pouvoir tampon chimique contre l’acidité gastrique

Sous forme de bouchons, elle protège moins bien l’estomac que le foin long, faute de former le tapis fibreux protecteur

Son rapport Ca/P élevé demande d’être surveillé, surtout en cumul avec un aliment déjà riche en calcium

Au-delà de 50 % de la ration fourragère, le risque d’entérolithes augmente sensiblement

Utilisée en complément raisonné (20 à 30 % de la ration fourragère, ou en petite quantité ciblée avant l’effort), c’est un vrai atout nutritionnel

Voilà, on espère que ça y voit un peu plus clair. La luzerne déshydratée, ce n’est ni le fourrage miracle qu’on nous vend parfois, ni l’ennemi à bannir de la ration : c’est une matière première puissante, qui mérite juste d’être utilisée avec la bonne dose et la bonne intention. Cette semaine, si vous en distribuez déjà, un bon réflexe simple : vérifiez la proportion qu’elle représente dans la ration globale de votre cheval.

Et si vous voulez vérifier l’équilibre exact de la ration de votre cheval, avec la luzerne et tout le reste, l’appli Ekiday vous permet de faire le calcul vous-même, en quelques minutes, avec vos propres aliments et vos propres quantités. Et si vous préférez qu’on regarde ça ensemble, le bilan Check Ration est fait pour ça.

Sources utilisées pour la rédaction de cet article

  • Martin-Rosset W. (dir.), Nutrition et alimentation des chevaux, éditions Quæ/Inra : composition et valeur nutritive des fourrages déshydratés, réaction de Maillard lors du séchage, valeurs UFC/MADC de la luzerne déshydratée selon la teneur en MAT.
  • Fiches matières premières internes (caractéristiques de la luzerne utilisée dans les rations, pouvoir tampon intrinsèque, contrôle anti-dopage).
  • Synthèse comparative sur la physiologie gastro-intestinale équine : biochimie de la luzerne vs graminées, pouvoir tampon chimique et limite mécanique des bouchons, risque d’entérolithiase, déséquilibre Ca/P.
  • Documentation scientifique interne sur les ulcères gastriques équins : rôle du pouvoir tampon des fourrages, physiologie de la muqueuse squameuse.

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