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26/03/2026

Les proteines dans l alimentation de votre cheval

Comprendre le rôle des protéines, c'est déjà faire un grand pas vers une ration vraiment équilibrée.

Les protéines dans l'alimentation de votre cheval

On entend souvent parler de protéines dans les discussions autour de la nutrition équine. Trop de protéines, pas assez, il faut le bon ratio… Et quand on utilise une application comme Ekiday pour calculer sa ration, on peut vite se retrouver face à des chiffres un peu abstraits. Les MADC, les UFC, le rapport entre les deux… mais c’est quoi exactement, et pourquoi ça compte autant ? Voilà ce qu’on va essayer d’éclaircir ensemble avec des exemples concrets. Parce que comprendre ce que votre cheval mange, ça change vraiment les choses au quotidien. 🐎

Ce que les protéines font vraiment dans le corps du cheval

Les protéines, ce n’est pas juste « du muscle ». Elles représentent environ 21 à 22 % de la masse corporelle délipidée du cheval adulte, et elles sont présentes partout : dans les fibres musculaires bien sûr, mais aussi dans le collagène des tendons et des articulations, dans la peau, les sabots, les poils, la paroi digestive, le sang… En gros, sans protéines, rien ne fonctionne vraiment.

Ce qui est intéressant avec le cheval, c’est que son métabolisme azoté est un peu particulier. Il digère les protéines alimentaires dans l’intestin grêle, c’est là que les acides aminés essentiels sont absorbés, et dans le gros intestin, les bactéries récupèrent l’azote résiduel pour fabriquer leurs propres protéines. C’est pour cette raison qu’on utilise le système MADC (Matières Azotées Digestibles Cheval) pour évaluer la valeur azotée des aliments : il tient compte de cette double digestion, et il intègre déjà les différences de digestibilité entre les sources, herbe, foin, concentrés. Autrement dit, quand vous lisez « 110 g de MADC » pour votre herbe de printemps, ce chiffre est déjà corrigé pour refléter ce que le cheval va réellement pouvoir utiliser. Vous pouvez le comparer directement aux besoins de votre cheval, sans vous préoccuper d’autre chose. C’est tout l’intérêt du système.

Concrètement, quand vous voyez dans Ekiday un ratio MADC/UFC (grammes de protéines digestibles par unité fourragère cheval), c’est ce rapport qui vous dit si votre ration est bien équilibrée entre énergie et protéines. Pour un cheval adulte à l’entretien ou au travail, on vise environ 60 à 70 g de MADC par UFC. Trop en dessous, et votre cheval risque de manquer de « matériaux » pour entretenir ses tissus. Trop au-dessus, et l’excès sera éliminé, avec des conséquences qu’on va voir juste après.

Les risques d’un excès de protéines : l’herbe de printemps, le piège 🌿

Le printemps. Les prés verdissent, l’herbe est tendre, votre cheval se régale et a l’air heureux… et c’est précisément là que les choses peuvent se compliquer. L’herbe jeune de printemps est à la fois très riche en énergie et très riche en protéines. Pour vous donner un ordre de grandeur : au stade très précoce du premier cycle, une prairie naturelle peut afficher jusqu’à 107 g de MADC pour 0,76 UFC par kilo de matière sèche, et une repousse feuillue peut même grimper à 146 g de MADC.
Rappel : le besoin d’entretien d’un cheval adulte, c’est 60 à 70 g de MADC par UFC. On est donc très largement au-dessus.

Et c’est là que ça devient délicat. Parce que si les besoins en énergie sont déjà couverts, ce qui est souvent le cas avec une herbe aussi riche, vous ne pouvez pas « corriger » le ratio MADC/UFC affiché dans Ekiday en ajoutant des UFC supplémentaires. Rajouter de l’huile, des céréales ou n’importe quelle source d’énergie pour rééquilibrer le ratio sur le papier, ça ne ferait qu’aggraver les choses : votre cheval se retrouverait en excès calorique en plus de l’excès azoté. Et pour un cheval à l’entretien ou ayant déjà tendance à l’embonpoint, c’est exactement ce qu’on cherche à éviter.

Concrètement, quand Ekiday vous affiche un ratio MADC/UFC trop élevé avec des UFC dans les clous ou au-dessus, la question n’est pas « qu’est-ce que j’ajoute ? » mais « comment je réduis la source ? » Et la source, c’est l’herbe elle-même. La stratégie la plus efficace reste de limiter l’accès au pré, réduire la durée de pâturage, attendre que l’herbe soit plus haute et donc moins riche, proposer un foin de prairie naturelle tardif en parallèle pour que le cheval arrive moins affamé à l’herbe, et accepter que sur les premières semaines de printemps, la mise à l’herbe mérite d’être vraiment progressive. Le foin pauvre en protéines joue ici un rôle de « dilution » : il augmente la quantité de matière sèche ingérée sans faire exploser ni les UFC ni le MADC, et il occupe un cheval qui sinon se jetterait sur l’herbe. Ce n’est pas spectaculaire comme solution, mais c’est souvent la plus juste.

Le panier, lui, reste une option de dernier recours, utile quand on n’a pas la main sur l’environnement de pâturage, notamment en pension. Mais il faut être lucide sur ses limites : certains chevaux arrivent à l’enlever, et si personne ne s’en rend compte rapidement, le cheval peut ingérer en très peu de temps une quantité importante d’herbe très chargée. Sans compter que le panier en continu, vingt-quatre heures sur vingt-quatre, n’est pas anodin pour le bien-être de l’animal. C’est une béquille, pas une solution pérenne.

Que se passe-t-il avec cet excès de protéines dans le corps ? Il faut savoir que le corps ne stocke pas les protéines superflues, contrairement aux graisses pour l’énergie, il n’y a pas de « réserve azotée ». L’organisme dégrade donc les acides aminés en excès : leur squelette carboné est utilisé comme source d’énergie par le foie, et l’azote est transformé en urée, puis éliminé. C’est le foie qui prend en charge ce travail de détoxification en premier, avant que l’urée ne soit excrétée par les reins dans les urines, d’où une sollicitation accrue des deux organes en cas d’excès prolongé.

En pratique, les signes que vous pouvez observer sont assez caractéristiques : un cheval qui boit beaucoup plus que d’habitude, qui urine abondamment avec une odeur ammoniaquée marquée, et qui transpire davantage, y compris au repos ou pour des efforts modérés. Ce dernier point est important : la sueur du cheval contient naturellement de l’azote, et cette teneur augmente quand les apports protéiques sont excédentaires. Autrement dit, un cheval en excès de protéines va perdre davantage d’électrolytes via sa transpiration, ce qui peut peser sur ses performances et sa récupération, surtout chez les chevaux au travail. On peut aussi observer une certaine irritabilité, parfois une sensibilité digestive, l’intestin n’est pas insensible à une charge azotée trop élevée. Aucun de ces signes n’est alarmant pris isolément, mais leur association doit vous inviter à revoir la ration. Et ça s’accompagne souvent d’une prise de poids rapide, parce que l’herbe de printemps est aussi très énergétique.

Pour le poulain, la logique est un peu différente. Un excès de protéines ne va pas le pénaliser de la même façon : au contraire, ça va plutôt soutenir sa croissance, puisque la synthèse protéique est deux à trois fois plus intense chez le jeune cheval que chez l’adulte. Une herbe riche, c’est donc potentiellement une bonne nouvelle pour lui, à condition que le reste de la ration soit vraiment équilibré.

Et là, deux points méritent vraiment attention.
Le premier, c’est l’équilibre minéral : le cuivre notamment joue un rôle dans la qualité du collagène via une enzyme appelée Lysyl oxydase, et une carence marquée peut fragiliser les tissus articulaires en développement. Veiller à un apport suffisant en cuivre, zinc, calcium et vitamine D reste donc une précaution raisonnable chez un poulain en croissance rapide.
Le deuxième point, et c’est celui que la recherche récente documente le mieux, c’est l’excès d’énergie, et particulièrement l’excès de céréales et d’amidon. Une thèse de doctorat vétérinaire publiée en 2025 à l’Université de Liège, portant sur plus de 1000 poulains de sport suivis pendant 19 ans, confirme que les conditions d’alimentation sont significativement corrélées à la prévalence de l’ostéochondrose dissécante (OCD), une pathologie articulaire qui touche environ un tiers des jeunes chevaux de sport. Le mécanisme en cause : un index glycémique trop élevé provoque une hyperinsulinémie post-prandiale qui perturbe le métabolisme du cartilage et de l’os en croissance.

En clair : l’herbe de printemps riche en protéines, pour un poulain, c’est globalement bien. Ce qui devient problématique, c’est si on y ajoute par-dessus une ration trop concentrée en céréales pour « booster » la croissance. Protéines issues de l’herbe, pas de souci particulier. Excès d’énergie concentrée, là on augmente le risque articulaire. La nuance est importante, et Ekiday vous permet justement de garder un œil sur cet équilibre.

Les risques d’un déficit : ce qu’on voit moins souvent mais qui compte

À l’inverse, un manque de protéines, ça se voit aussi. Un cheval en déficit azoté va progressivement perdre de la masse musculaire, notamment sur l’encolure, la croupe, le dos. Le poil peut devenir terne, les sabots plus fragiles, et la récupération après l’effort est moins bonne. Chez un cheval au travail, c’est particulièrement dommageable : les protéines musculaires se renouvellent en permanence, à un rythme d’environ 1 à 2 % par jour, et si les apports sont insuffisants, le corps commence à « puiser » dans ses propres tissus pour couvrir ses besoins de base.

Ce scénario arrive surtout avec des rations à base de foin récolté tardivement sans complémentation adaptée. C’est souvent visible à la sortie de l’hiver : un cheval en déficit azoté va progressivement perdre de la masse musculaire, notamment sur l’encolure, la croupe, le dos. On dit qu’il devient creux aux lombes, c’est-à-dire que la zone entre le dos et la croupe s’enfonce faute de musculature pour la soutenir, c’est souvent le premier signe visible à l’œil nu.

Dans ces situations, l’application vous le montre clairement : le solde en MADC est négatif, et il faut revoir la ration, soit en améliorant la qualité du foin, soit en ajoutant un complément azoté comme du tourteau de soja (très riche en MADC, à utiliser en petites quantités), soit de la luzerne qui apporte à la fois énergie et protéines de bonne qualité.

En résumé : les protéines, c’est une question d’équilibre, et de contexte

Ni trop, ni trop peu. Et surtout, en rapport avec l’énergie de la ration. Le ratio MADC/UFC que vous voyez dans Ekiday n’est pas un chiffre anodin : c’est le fil conducteur d’une ration cohérente. Un adulte à l’entretien, un poney qui sort quelques heures par semaine, un cheval en plein travail d’endurance, ils n’ont pas les mêmes besoins, et l’herbe de printemps ne les nourrit pas de la même façon.

Pour cette semaine, si votre cheval est en période de mise à l’herbe, prenez deux minutes pour entrer sa ration actuelle dans Ekiday et regarder où se situe votre MADC/UFC : vous serez peut-être surpris·e du résultat, dans un sens comme dans l’autre. Et si vous avez un poulain ou un jeune cheval, vérifiez que son complément minéral est vraiment adapté à sa phase de croissance.

📱 Vous n’avez pas encore Ekiday ? C’est l’application qui vous permet de calculer et équilibrer la ration de votre cheval ou poney en quelques minutes. Téléchargez-la gratuitement.

Sources utilisées pour la rédaction de cet article

  • Martin-Rosset W. et al., INRA : Nutrition et alimentation des chevaux, Éditions Quae (ouvrage de référence du système UFC/MADC utilisé en France)
  • Tables de composition et valeur nutritive des aliments INRA-AFZ : valeurs nutritives des fourrages verts, foins et concentrés
  • Urshel K.L. & Lawrence L.M. (2013) : Amino Acids and Protein, in Geor, Harris, Coenen (eds.), Equine Applied and Clinical Nutrition, Saunders Elsevier
  • NRC (2007) : Nutrient Requirements of the Horse, 6e édition révisée, National Research Council, National Academies Press
  • Donabédian M. et al. (2006) : Données sur l’ostéochondrose et les apports nutritionnels chez le jeune cheval, citées dans Martin-Rosset
  • Lindberg J.E. et al. (2021) : Protein Source and Intake Effects on Diet Digestibility and N Excretion in Horses, PMC/NCBI (étude sur l’excrétion azotée selon la source protéique)
  • Van Cauter R. (2025) : Étude de la dynamique de l’ostéochondrose équine et des facteurs influençant son développement chez les chevaux de sport, Thèse de doctorat en sciences vétérinaires, Université de Liège, suivi de plus de 1000 poulains wallons sur 19 an
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